Étude de cas : Le Canada devrait-il interdire aux jeunes l’accès aux médias sociaux?
Leçon connexe
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L’accès aux réseaux sociaux devrait être limité chez les moins de 16 ans.
Cet exercice a été mis à jour le 23/02/2026.
Contexte
Le 10 décembre 2025, à l’aube des vacances scolaires, plus de 200 000 jeunes Australiennes et Australiens se sont réveillés sans accès à leurs réseaux sociaux préférés. Cette coupure soudaine découle d’une mesure adoptée par le gouvernement australien afin de faire respecter une nouvelle loi interdisant l’utilisation des réseaux sociaux aux moins de 16 ans. Cette décision, qui ne fait pas l’unanimité, vise principalement à protéger les jeunes contre les dangers du monde numérique.
Parmi les raisons invoquées par le gouvernement australien figurent les risques pour la santé mentale, tels que l’anxiété, la dépression et la dépendance aux écrans. Le gouvernement australien s’est aussi dit préoccupé par la cyberintimidation omniprésente sur les plateformes, par l’exposition à des contenus inappropriés (misogynes, pornographiques ou violents, entre autres) ainsi que par la collecte de données personnelles de mineurs. En somme, selon certains experts, les dangers pour le développement émotionnel et social des adolescents justifient un encadrement beaucoup plus strict des réseaux sociaux, dont une interdiction d’accès pour les moins de 16 ans.
À l’échelle internationale, plusieurs pays repensent leurs lois depuis quelques années afin de mieux protéger les jeunes et de réglementer l’univers numérique. Toutefois, avec l’adoption de la loi australienne, considérée comme la plus sévère au monde à ce jour, le débat s’intensifie au Canada. Bien que le gouvernement fédéral n’ait officiellement proposé aucune loi interdisant aux jeunes l’accès aux réseaux sociaux, deux projets de loi visant à lutter contre les méfaits en ligne ont été déposés avant la dissolution du Parlement en janvier 2025. Ces projets de loi (C-63 et C-412) portaient tous deux sur la protection des mineurs contre les dangers rencontrés en ligne. Plus récemment, le gouvernement provincial de la Nouvelle-Écosse a déposé un projet de loi interdisant aux jeunes de moins de 16 ans d’utiliser les réseaux sociaux. Enfin, en janvier 2026, des sources anonymes ont rapporté au Globe and Mail que le gouvernement canadien prévoyait de déposer un nouveau projet de loi interdisant aux jeunes de moins de 14 ans de posséder un compte sur les réseaux sociaux.
Les jeunes Canadiennes et Canadiens passent en moyenne plusieurs heures par jour devant un écran. Cette utilisation intensive se fait parfois au détriment du sommeil, des interactions humaines et d’une saine hygiène de vie. Des études menées au pays estiment que près d’un enfant sur quatre possède déjà un compte sur les réseaux sociaux vers l’âge de 10 ans, alors que la majorité des plateformes exigent un âge minimal de 13 ans pour s’inscrire. Cette réalité soulève d’importantes questions quant à la présence des jeunes sur les réseaux sociaux, ainsi qu’aux moyens à mettre en place pour encadrer leur utilisation. Pour certains, interdire l’accès aux réseaux sociaux pour les moins de 16 ans est la solution.
Le temps d’écran étant souvent désigné comme le principal enjeu, pourquoi les réseaux sociaux sont-ils ciblés? La réponse réside dans leur mode de fonctionnement : leurs algorithmes sont conçus pour capter et retenir l’attention des utilisateurs le plus longtemps possible grâce à des mécanismes tels que le défilement infini, les contenus recommandés, les récompenses intégrées et la publicité ciblée. Une présence prolongée sur ces plateformes augmente ainsi le risque pour les jeunes d’être exposés à des contenus nuisibles ou inappropriés, tout en favorisant des comportements de dépendance.
Ceux en faveur d’une interdiction pour les moins de 16 ans croient qu’une telle mesure permettrait de mieux protéger les jeunes contre les effets néfastes du monde numérique. Les opposants à l’interdiction, quant à eux, se divisent en deux groupes. D’un côté, certains estiment que de meilleures mesures existent, que l’interdiction n’est pas une bonne solution au problème et qu’elle constitue une atteinte aux libertés individuelles et aux droits des jeunes.
Pour en savoir plus
- Interdire les réseaux sociaux aux jeunes de moins de 16 ans? | Radio-Canada
- Scrolling Addiction: une opportunité pour les uns, un danger pour les autres. | HEC Montréal
- Voici les tactiques qui nous rendent accros à nos téléphones | Découverte
- Décod’actu : Réseaux sociaux, tous accros ? | Lumni
- TikTok et le cerveau : ce que disent vraiment 70 études | Avec des sci
- Ce que les RÉSEAUX SOCIAUX ne veulent pas que tu saches | Trash
- Temps d’écran chez les jeunes | Institut national de santé publique du Québec
- Rapport de la Commission spéciale sur les impacts des écrans et des réseaux sociaux sur la santé et le développement des jeunes (PDF) | Assemblée du Québec
- Une époque formidable : Faut-il interdire les réseaux sociaux aux ados? | Télé-Québec
- Zone franche : Les enfants sur les réseaux sociaux | Télé-Québec
| Le savais-tu?
Selon les résultats d’une enquête menée par la Direction régionale de santé publique de Montréal, publiée en janvier 2026, près d’un adulte montréalais sur quatre fait un usage quotidien intensif des écrans, dépassant quatre heures par jour en dehors du contexte de travail. On parle parfois de « majorité numérique ». Or, ce terme est critiqué, car il limite le numérique aux réseaux sociaux, en excluant les plateformes de jeux, de nouvelles et de recherche, notamment. Également, même si le Code civil du Québec reconnaît le consentement autonome aux soins de santé dès 14 ans, on ne parle pas pour autant de « majorité médicale ». C’est pourquoi il n’est pas question de « majorité numérique » dans cette étude de cas, mais bien de l’interdiction aux réseaux sociaux pour les moins de 16 ans. |
| Coup d’œil international
Différentes mesures pour encadrer le temps d’écran des jeunes ont été mises en place à travers le monde.
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En accord
Voici quelques-unes des raisons pour lesquelles certaines personnes pourraient être d’avis que le Canada devrait restreindre l’accès aux réseaux sociaux pour les jeunes de moins de 16 ans.
Devoir de lutte contre l’intimidation et le cyberharcèlement
Les plateformes en ligne sont des environnements particulièrement propices au cyberharcèlement, à l’intimidation et à la radicalisation. Ces formes de violence sont intimement liées à une utilisation fréquente du Web, et plus spécifiquement des réseaux sociaux. L’instantanéité des échanges fait en sorte que ces formes violences ne connaissent plus aucune frontière et peuvent toucher les victimes à tout moment, où qu’elles se trouvent. Au Canada, en 2019, un jeune sur quatre âgé de 12 à 17 ans a déclaré avoir subi de la cyberintimidation au cours des 12 derniers mois. L’environnement du Web peut même encourager les gestes d’intimidation : protégés par l’anonymat ou par l’utilisation de faux comptes, certains individus se permettent de tenir des propos violents, blessants ou humiliants, alors qu’ils ne l’auraient pas fait en personne. De plus, comme le contenu publié en ligne laisse une trace numérique souvent impossible à effacer complètement, une publication apparemment anodine peut ressurgir des années plus tard et devenir virale. Si les réactions qui y sont associées peuvent être positives, elles peuvent aussi être extrêmement négatives et dommageables. Les conséquences potentielles chez les jeunes victimes d’intimidation en ligne sont, entre autres, une consommation de drogue et d’alcool, l’automutilation, les symptômes dépressifs et la diminution de la confiance et de l’estime de soi. Pour toutes ces raisons, le gouvernement se doit de mettre en place des mesures efficaces de prévention et de protection pour les jeunes Canadiennes et Canadiens.
Effets négatifs sur la santé mentale
L’utilisation des écrans a des conséquences importantes sur la santé mentale, et les jeunes y sont particulièrement fragiles. Les réseaux sociaux sont avant tout des entreprises commerciales dont l’objectif est de capter et de retenir l’attention des utilisateurs le plus longtemps possible, souvent au détriment de leur bien-être. Les adolescents y sont exposés à de grandes quantités de contenus performatifs et idéalisés, ce qui favorise les comparaisons sociales et peut engendrer de l’anxiété, un sentiment de déprime, une insatisfaction corporelle ou des troubles alimentaires. Les interactions en ligne, parfois négatives ou marquées par l’intimidation ou la violence, peuvent également renforcer le stress et l’angoisse chez les jeunes. Cet environnement, initialement conçu pour un public adulte, peut fragiliser l’estime de soi de jeunes en pleine construction identitaire. Des études ont démontré qu’une utilisation excessive, c’est-à-dire de plus de deux heures par jour, est associée à une augmentation de l’anxiété, à des troubles du sommeil, à des symptômes dépressifs plus prononcés et à un sentiment d’isolement social. Limiter l’accès aux réseaux sociaux aux jeunes de moins de 16 ans permettrait de retarder leur exposition à cet environnement potentiellement nocif et de protéger leur santé mentale.
Effets négatifs sur le développement
Les écrans ont des conséquences physiques, cognitives et sociales qui peuvent affecter le développement des jeunes. L’exposition prolongée à la lumière bleue des écrans perturbe le sommeil. Les jeunes qui ont un temps d’écran élevé ont donc plus de chances de développer des troubles du sommeil, ce qui entraîne fatigue, baisse de concentration et altération de la récupération physique et cognitive. L’utilisation abusive des écrans peut aussi affecter la santé des yeux. Les utilisateurs rapportent une fatigue oculaire, une sécheresse oculaire et même une vision détériorée. Par ailleurs, le temps passé devant les écrans se fait souvent au détriment des activités physiques ou des interactions sociales, favorisant la sédentarité et nuisant au développement des compétences de communication, d’empathie et de gestion des relations. Plusieurs études montrent qu’un usage quotidien supérieur à deux heures est associé à un déclin de la concentration, à une augmentation de la dépendance aux écrans et, dans certains cas, une baisse des résultats scolaires. Limiter l’accès aux réseaux sociaux aux jeunes de moins de 16 ans pourrait les inciter à consacrer ce temps à des activités plus saines et ainsi favoriser le développement de leur cerveau.
Réponse à la demande populaire
L’interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 16 ans répond à une demande des jeunes eux-mêmes. Selon un sondage mené en France, 67 % des jeunes se disent en faveur de cette mesure, excluant les plateformes comme YouTube. Au Canada, de nombreux parents et enseignants soutiennent ouvertement une telle interdiction, estimant qu’elle permettrait de mieux encadrer l’usage des écrans et de protéger la santé mentale des jeunes. D’ailleurs, la gestion du temps d’écran des enfants est fréquemment citée comme une source de difficulté par les parents. En mettant en place une réglementation qui correspond aux attentes des jeunes et à celles de leur entourage, il serait plus facile d’obtenir leur coopération et de favoriser un usage responsable et équilibré des réseaux sociaux.
Signal d’alarme
Comme l’âge minimal pour la consommation d’alcool, restreindre l’accès aux réseaux sociaux pour les jeunes de moins de 16 ans n’est une mesure ni parfaite ni infaillible, mais elle constitue un premier pas pour attirer l’attention des parents et des jeunes sur les dangers liés à une utilisation excessive des écrans. Elle envoie un signal d’alarme clair : un usage intensif peut avoir des conséquences sur la santé mentale, l’estime de soi et le développement cognitif et social de tous, mais particulièrement des jeunes. Plus qu’une simple restriction, cette mesure vise à sensibiliser la société dans son ensemble à réfléchir aux effets des écrans ainsi qu’aux mécanismes des réseaux sociaux et encourage les comportements responsables. En ce sens, l’interdiction agit comme un rappel concret que certaines pratiques numériques peuvent être nuisibles et qu’il est urgent d’agir pour protéger les générations futures.
Risque de radicalisation
La radicalisation est le processus par lequel certaines personnes en viennent à croire que la violence envers autrui est justifiée, si elle sert à défendre leur groupe. Les réseaux sociaux diffusent des contenus qui sont parfois extrémistes, misogynes et racistes qui donnent de la visibilité à des idéologies violentes. Une exposition répétée à ces contenus peut normaliser et banaliser les discours haineux. Les jeunes sont particulièrement vulnérables face à ce type de contenu, car les groupes extrémistes offrent un sentiment d’appartenance à des adolescents en pleine construction identitaire. Les bulles de filtre renforcent ce phénomène, en exposant les utilisateurs à des contenus qui confirment et renforcent leurs croyances, sans aucun point de vue opposé. Comme les adolescents n’ont pas encore pleinement développé leur esprit critique, interdire les réseaux sociaux aux moins de 16 ans permettrait de mieux les protéger contre la radicalisation et la manipulation idéologique.
Pour en savoir plus
- La cyberintimidation vécue par les jeunes | Institut national de santé publique du Québec
- Protéger les enfants de l’impact des écrans sur leur santé | Jean Coutu
- Les effets de la propagande haineuse sur Internet | Habilo Médias
- On parle de santé mentale : Impact des médias sociaux | Télé-Québec
| Le savais-tu?
La recommandation actuelle en matière de temps d’écran récréatif pour les jeunes de plus de six ans est limitée à deux heures par jour. Selon une étude menée en 2023 par le CHEO Research Institute, 73 % des enfants et des adolescents dépassent ce seuil. |
| Coup d’œil international
En 2024, la radio publique du Kentucky révèle l’existence de documents internes montrant que TikTok connaissait les effets néfastes de sa plateforme sur les jeunes. Ces documents montraient que l’utilisation compulsive de Tiktok est associée à de multiples effets néfastes sur la santé mentale, le sommeil, la mémoire, le raisonnement et les aptitudes sociales, entre autres. Malgré tout, la plateforme a choisi de limiter les mesures de prévention, par crainte d’une baisse de sa fréquentation. |
En désaccord
Voici quelques-unes des raisons pour lesquelles certaines personnes pourraient être d’avis que le Canada ne devrait pas restreindre l’accès aux réseaux sociaux pour les jeunes de moins de 16 ans.
Loi arbitraire
La décision d’interdire l’utilisation des réseaux sociaux pour les moins de 16 ans comme âge minimal pour utiliser les réseaux sociaux ne repose sur aucun consensus scientifique. Si les réseaux sociaux sont jugés néfastes pour les moins de 16 ans, ils peuvent l’être tout autant pour les adolescents et les adultes de tous âges. Des études démontrent que le cortex préfrontal, responsable du jugement, de l’inhibition et de la planification, continue de se développer jusqu’à environ 25. Établir un âge minimal devient alors hautement arbitraire, d’autant plus qu’il est tout aussi difficile de déterminer quels réseaux sociaux devraient être visés par une telle loi. Les usages, les fonctionnalités et les risques varient considérablement d’une plateforme à l’autre, rendant toute tentative de ciblage arbitraire. Avant d’adopter une telle loi, il faudrait s’appuyer sur des données scientifiques, plutôt que sur des généralisations ou des perceptions subjectives.
Loi imparfaite
Les moyens de contourner l’interdiction sont nombreux et rendent sa mise en œuvre problématique. D’abord, près des deux tiers des mineurs mentent sur leur âge lors de leur inscription sur des réseaux sociaux. Pour instaurer une telle loi, il faudra d’abord établir des moyens d’identification d’âge efficace qui ne reposent pas sur le bon vouloir des utilisateurs. Les technologies de reconnaissances faciales, souvent proposées comme solution, ne sont pas fiables et commettent de nombreuses erreurs. L’usage de fausses cartes d’identité est également à prévoir, d’autant que plusieurs cartes ne comportent de photo qu’à partir de 18 ans. De plus, comme on l’a constaté en Australie, les jeunes peuvent utiliser des VPN (réseau privé virtuel) pour masquer leur adresse IP réelle et ainsi contourner simplement les restrictions géographiques des applications. Adopter une telle loi sans disposer de moyens fiables et justes pour vérifier l’âge serait complètement inefficace. Avant d’envisager une telle mesure, il serait donc essentiel de développer des méthodes de contrôle réellement efficaces et respectueuses de la vie privée, afin que la loi se révèle pertinente et efficace.
Risques pour la vie privée
Restreindre l’accès aux réseaux sociaux pour les jeunes de moins de 16 ans à l’aide d’une loi soulève d’importants enjeux pour la vie privée de tous. Certaines mesures employées pour vérifier l’âge d’une personne, comme la vérification par carte d’identité, peuvent briser l’anonymat sur des plateformes comme Reddit, alors que le droit à la vie privée est reconnu par la Charte canadienne des droits et libertés. De plus, ce type de mesure ouvre la porte à un contrôle et des abus potentiels du gouvernement ou des géants du numérique. Afin de simplifier la vérification de l’âge, une identité numérique, c’est-à-dire un système servant à identifier l’identité des gens sur le Web, pourrait être imposée à toute la population, et pas seulement aux jeunes de moins de 16 ans. Au-delà de l’atteinte à l’anonymat, si ces données servant à l’identification sont mal protégées ou piratées, elles pourraient être utilisées pour des vols d’identité ou pour une surveillance en ligne. Ce qui peut sembler anodin au départ risque ultimement de mener à des restrictions de la liberté d’expression, voire au bannissement de personnes pour des opinions jugées dérangeantes.
Déresponsabilisation des plateformes
L’interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 16 ans risque de déresponsabiliser les plateformes en détournant l’attention des véritables causes du problème. En se concentrant uniquement sur l’âge des usagers, on néglige la responsabilité des entreprises numériques et les techniques qu’elles utilisent pour maintenir l’attention des utilisateurs. Sous prétexte qu’il ne devrait plus y avoir de jeunes utilisateurs sur leurs plateformes, ces entreprises pourraient considérer qu’elles n’ont plus à assurer la modération des contenus ni la protection des jeunes qui s’y exposeraient « illégalement ». Or, il est prévisible que de nombreux jeunes trouveront des moyens de contourner la vérification de l’âge ou consulteront les plateformes sans créer de compte. Toutefois, sans compte, les outils de protection numériques (filtres d’âge, contrôle du contenu, paramètres de bien-être, limitation du temps d’écran) sont souvent inexistants ou désactivés. Les jeunes qui utiliseront les réseaux sociaux malgré l’interdiction seront donc possiblement exposés à des contenus inappropriés. La responsabilité ne peut donc pas reposer uniquement sur les utilisateurs, mais doit également être assumée par les plateformes. Plutôt que de se focaliser sur la présence des jeunes sur les réseaux sociaux, le gouvernement devrait imposer un encadrement plus strict des plateformes elles-mêmes, et cibler en particulier leurs algorithmes conçus pour maximiser le temps d’utilisation, un facteur souvent plus nocif que les contenus diffusés.
Éducation avant tout
Les problèmes créés par l’utilisation excessive des écrans sont complexes, et interdire l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 16 ans constitue une réponse trop simpliste qui ne s’attaque pas aux causes profondes. Le véritable enjeu n’est pas la présence des jeunes en eux-mêmes, mais le temps qu’ils y passent et l’usage qu’ils en font. Comme ces applications présentent des aspects positifs, mais qu’elles sont conçues pour capter durablement l’attention, l’éducation devrait être au cœur de la solution. Apprendre aux jeunes à comprendre les mécanismes des réseaux sociaux, à développer un esprit critique et à adopter des pratiques responsables est bien plus efficace sur le long terme qu’une interdiction, d’autant plus que les réseaux sociaux peuvent présenter des risques pour toutes tranches d’âge. Les programmes scolaires d’éducation aux médias numériques, les contrôles parentaux renforcés, les versions jeunesse de certaines plateformes et des initiatives comme le CIEL sont des moyens qui, combinés et soutenus par les parents, permettent de former des citoyennes et citoyens responsables et conscients des enjeux du numérique. À l’inverse, une interdiction risquerait d’encourager les jeunes à adopter des comportements à risque, à se replier sur eux-mêmes en n’osant pas se confier à leurs proches ou à leurs parents en cas de difficulté, et à sous-estimer les effets des réseaux sociaux une fois devenus adultes.
Pour en savoir plus
- Médias sociaux interdits aux moins de 16 ans en Australie : un modèle à suivre? | Sur le terrain | Radio-Canada
- L’interdiction des réseaux sociaux aux mineurs, bonne ou mauvaise idée? | Le Franco
- Interdire les jeunes sur les réseaux sociaux ne résoudra pas le problème de notre société | Le Devoir
- Jeunes et réseaux sociaux: l’interdiction fait débat chez les chercheurs | Le Journal de Montréal
- L’Australie interdira les médias sociaux aux adolescents. Le Canada devrait-il faire de même ? | Université Concordia
- L’identité numérique: quels enjeux et quels risques? | Le Journal de Montréal
| Le savais-tu?
La Charte canadienne des droits et libertés garantit la protection de la vie privée conformément aux attentes raisonnables de chacun. Ainsi, personne ne peut vous fouiller, saisir vos effets personnels ou accéder à vos renseignements personnels sans motif juridique clair. Selon la Gendarmerie royale du Canada, 65 % des jeunes affirment que, s’ils étaient victimes d’intimidation en ligne, ils en parleraient à un ami plutôt qu’à un parent, souvent par crainte de se faire confisquer leur appareil. |
| Coup d’œil international
À la suite de l’adoption de la loi australienne sur la restriction de l’âge, le réseau social Reddit a déposé un recours devant la Haute Cour d’Australie. La plateforme, qui garantit l’anonymat de ses utilisateurs, estime que l’obligation de bannir les moins de 16 ans est intrusive et porte atteinte à la liberté d’expression. YouTube a également critiqué la nouvelle loi australienne, soulignant que les utilisateurs mineurs qui consulteront la plateforme sans compte ne bénéficieront plus de certaines fonctionnalités, dont les paramètres de bien-être et les filtres de sécurité, conçus pour empêcher la diffusion de vidéos inadaptées à certains publics. Selon la plateforme, cette loi ne prend pas suffisamment en compte la réalité des différents réseaux sociaux ni la manière dont les jeunes les utilisent. Quant à elles, les autorités australiennes estiment que ce problème devrait être résolu par YouTube, mais aucune réglementation actuelle n’oblige la plateforme à agir. |