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Étude de cas : De nouveaux pipelines devraient-ils être construits au Canada?

Énoncé de discussion

Aucun nouveau pipeline ne devrait être construit au Canada.

Cet exercice a été mis à jour le 08/04/2026.

Contexte

Le 27 novembre 2025, après plusieurs semaines de tension au sein du cabinet ministériel, Steven Guilbeault démissionne du Conseil des ministres. Ancien ministre de l’Environnement sous le gouvernement Trudeau, le député Guilbeault occupait depuis mars 2024 les fonctions de ministre de l’Identité et de la Culture canadiennes ainsi que de ministre responsable des Langues officielles. Son départ fait suite à une entente controversée entre Ottawa et l’Alberta concernant un projet d’oléoduc traversant l’Alberta et la Colombie-Britannique, destiné à acheminer le pétrole vers les marchés asiatiques.

Sous le gouvernement Trudeau, les normes environnementales étaient strictes. Cependant, le gouvernement Carney a choisi de les assouplir pour favoriser la croissance économique, une décision qui divise profondément, même au sein de son propre parti. Avec le déclenchement des conflits au Moyen-Orient au début de 2026, l’attention se tourne de plus en plus vers l’industrie pétrolière canadienne, perçue comme une possible réponse aux prix exorbitants du pétrole sur le marché mondial.

L’industrie pétrolière occupe une part considérable de l’économie canadienne : en 2024, elle représentait 7,4 % du produit intérieur brut (PIB), soit 211 milliards de dollars, et employait environ 503 100 personnes à travers le pays. Cette industrie s’appuie sur un réseau important de pipelines pour transporter le pétrole et le gaz naturel des sites d’extraction vers l’endroit où les centres de raffinage et de consommation. 

Le premier pipeline canadien a été construit au milieu des années 1800, mais c’est le boom pétrolier et gazier en Alberta qui a créé le besoin d’une expansion rapide des réseaux de distribution. La seconde moitié du 20e siècle a ainsi vu le développement de nombreux projets de pipelines. Aujourd’hui, plus de 840 000 km de pipelines sillonnent le pays, acheminant le pétrole et le gaz naturel vers les ménages canadiens et les marchés internationaux.

À l’heure actuelle, 97 % du pétrole canadien exporté est destiné aux États-Unis. Développer de nouveaux tracés pipelines, notamment vers la côte ouest du Canada et les provinces maritimes, permettrait d’atteindre les marchés asiatiques et européens, assurant ainsi que le secteur pétrolier et gazier canadien continue de créer des emplois et de la richesse.

Cependant, les nouveaux projets de pipelines font l’objet de fortes controverses, notamment suivant la prise de conscience grandissante des liens entre l’utilisation des combustibles fossiles et les changements climatiques. Les projets de construction proposés au Canada se heurtent à une forte opposition de la part du public, des communautés autochtones et des autorités locales qui s’inquiètent de leurs effets sur l’environnement. 

Pour en savoir plus 

 

Le savais-tu?

Lorsqu’un pipeline est utilisé pour transporter du pétrole, on parle d’un oléoduc. Lorsqu’il transporte du gaz naturel, on l’appelle un gazoduc

Les pipelines ne sont ni construits ni exploités directement par le gouvernement. Celui-ci joue principalement un rôle de régulateur, en imposant des normes strictes en matière de sécurité et de protection de l’environnement. Avant toute construction, les promoteurs doivent obtenir l’approbation de la Régie de l’énergie du Canada. En général, les pipelines qui traversent plusieurs provinces relèvent de la réglementation fédérale, tandis que ceux situés entièrement dans une seule province sont soumis à l’autorité compétente de la province en question.

La plupart du temps, les pipelines appartiennent à des entreprises privées, mais il arrive parfois que le gouvernement finance des projets stratégiques, comme ce fut le cas pour le projet Trans Mountain

En accord

Voici quelques-unes des raisons pour lesquelles certaines personnes pourraient s’opposer à la construction de nouveaux pipelines

Lutte contre les changements climatiques 

Les combustibles fossiles contribuent largement aux changements climatiques. Un consensus de plus en plus important insiste sur la nécessité de passer à des sources d’énergie propres et renouvelables. D’ailleurs, dans son rapport de 2022 (en anglais), le Groupe d’experts intergouvernemental sur les changements climatiques (GIEC) soulignait avec insistance l’urgence de réduire drastiquement la consommation de pétrole pour limiter le réchauffement planétaire. Le Canada accuse déjà un retard important dans l’atteinte de ses objectifs climatiques, ce qui rend d’autant plus contre-productif l’investissement dans de nouveaux pipelines. Soutenir et encourager le secteur des combustibles fossiles favorise la consommation de pétrole et freine la transition énergétique du pays. 

Failles de sécurité 

Les pipelines présentent des risques importants de fuites et de ruptures : un entretien insuffisant, une surveillance défaillante ou un bris d’équipement peuvent libérer des substances toxiques et inflammables. Malgré l’utilisation de technologies de surveillance avancées, ces incidents ne sont pas rares : entre 2008 et 2016, l’Office national de l’énergie a recensé 750 incidents au pays. Par ailleurs, la technologie SCADA, utilisée pour surveiller les pipelines et censée détecter les fuites, s’avère particulièrement peu efficace, ne repérant qu’environ 10 % des fuites réelles. En comparaison, 75 % des fuites sont détectées par les employés sur le terrain et 11 % par les populations locales. Ces lacunes dans la surveillance augmentent le risque de fuites majeures, mettant en danger la santé des communautés et la protection des écosystèmes environnants.

Des risques pour l’environnement 

La présence d’un pipeline sur un territoire a des effets sur son environnement. La construction provoque des perturbations en surface qui peuvent endommager la végétation, fragmenter ou modifier les habitats naturels, et créer des barrières aux déplacements de la faune locale. De plus, en cas de fuite ou de déversement, les liquides et gaz inflammables peuvent déclencher des incendies de forêt, polluer durablement la faune et la flore, ainsi que contaminer des sources d’eau potable. Les incidents et la construction de pipeline provoquent des dommages environnementaux graves à long terme et parfois irréversibles, causent des dommages environnementaux importants qui compromettent à la fois la biodiversité et la santé des écosystèmes à long terme.

Des risques pour la santé

Les déversements et fuites de pipelines peuvent libérer dans l’air et l’eau des substances toxiques et inflammables, mettant gravement en danger la santé des communautés avoisinantes. Ces incidents peuvent entraîner des incendies majeurs ainsi que des intoxications aux hydrocarbures volatils. Par ailleurs, la contamination de l’eau potable par des produits chimiques nocifs comme le benzène, un cancérigène reconnu, augmente significativement les risques de cancers et d’autres maladies graves chez les populations exposées.

Respect des droits des peuples autochtones 

De nombreux projets de pipelines proposés au Canada traversent des terres autochtones, suscitant de vives inquiétudes quant à leurs impacts sur les territoires ancestraux, les pratiques culturelles et les droits fondamentaux des communautés autochtones. En 2020, les chefs de la nation Wet’suwet’en se sont opposés au projet de gazoduc de Coastal GasLink en Colombie-Britannique, qui a fait l’objet de manifestations et de blocages. Ces conflits soulignent l’importance cruciale d’obtenir un consentement libre, préalable et éclairé avant toute exploitation sur ces territoires.

Coûts considérables 

L’investissement dans les pipelines soulève aussi des questions économiques importantes. Avec la baisse progressive de la demande en pétrole et la montée des énergies renouvelables, ces infrastructures risquent de devenir financièrement non viables à long terme. Par exemple, l’acquisition du pipeline Trans Mountain par le gouvernement canadien en 2018 pour 4,5 milliards de dollars a suscité une forte controverse publique. Sa construction, achevée en avril 2024, a finalement coûté près de 34 milliards de dollars, illustrant l’ampleur des coûts que peut représenter un tel projet. Par ailleurs, la construction d’un nouveau pipeline peut s’étaler sur 5 à 10 ans, ce qui retarde considérablement les retombées économiques. Dans un contexte où les marchés évoluent rapidement vers les énergies renouvelables, ces retombées sont d’autant plus incertaines. Ainsi, les pipelines représentent un risque financier majeur, en raison de leur coût élevé, de la durée de leur réalisation et de l’incertitude liée à la transition énergétique.

Pour en savoir plus

 

Le savais-tu?

Le pétrole extrait des sables bitumineux de l’Alberta doit être dilué pour circuler dans les pipelines. Ce mélange, appelé bitume dilué, associe le bitume lourd à des gaz naturels liquides ou à des produits pétroliers légers contenant des substances toxiques comme le benzène, un cancérigène connu.

Ce bitume dilué est jusqu’à 70 fois plus visqueux et contient beaucoup plus d’acides organiques et de soufre que le pétrole classique. Lorsqu’il est pompé, sa température augmente, rendant ce liquide corrosif et abrasif, un peu comme un papier sablé chaud et toxique qui ronge les pipelines.

 

Coup d’œil international 

À l’été 2010, plus de 1,2 million de gallons de pétrole se sont déversés d’un pipeline d’Enbridge dans le sud de l’État du Michigan, contaminant un tronçon de 48 km de la rivière Kalamazoo. Ce déversement a nécessité un dragage intensif et a causé de nombreux problèmes de santé dans les communautés environnantes.

Les activités sur la rivière ont été presque totalement interrompues pendant près de deux ans. Enbridge, propriétaire de l’oléoduc, a dû dépenser environ 800 millions de dollars US pour le nettoyage, illustrant les coûts humains et financiers majeurs liés aux accidents de pipelines.

En désaccord

Voici quelques-unes des raisons pour lesquelles certaines personnes pourraient appuyer le développement de nouveaux pipelines

Avantages économiques

Le secteur pétrolier et gazier crée des milliers d’emplois dans les secteurs de l’ingénierie, de la construction et du transport, stimulant ainsi l’économie. Ces emplois stimulent l’économie locale, notamment dans les régions traversées par les infrastructures. En plus, les pipelines peuvent générer des revenus fiscaux importants pour les gouvernements, grâce aux taxes et redevances payées par les entreprises. Ces revenus permettent de financer des services publics essentiels et des infrastructures durables, contribuant ainsi au bien-être collectif.

Levier économique 

Les revenus fiscaux générés par l’industrie pétrolière peuvent servir à financer la transition vers des énergies plus propres. Par exemple, le gouvernement pourrait utiliser ces fonds pour soutenir des projets d’énergies renouvelables comme l’éolien ou l’hydroélectricité, ou encore des innovations technologiques comme l’utilisation de l’hydrogène comme carburant propre ou le captage du dioxyde de carbone pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. En construisant de nouveaux pipelines, le Canada pourrait augmenter ses revenus pétroliers et avoir plus de moyens pour investir dans ces solutions écologiques.

Sécurité énergétique

Les pipelines assurent un transport fiable et continu du pétrole et du gaz, des sites d’extraction jusqu’aux raffineries ou aux consommateurs. Cela réduit la dépendance du Canada aux importations étrangères et diminue les risques associés aux interruptions d’approvisionnement. Cette stabilité énergétique est cruciale pour soutenir la croissance économique et la qualité de vie des Canadiennes et des Canadiens, en évitant les coupures ou les fluctuations de prix.

Alternative avantageuse

Les pipelines sont une alternative plus propre, plus sûre et plus économique que le transport par train, par bateau ou par camion. Ils émettent moins de gaz à effet de serre, ce qui réduit leur empreinte carbone et leur impact sur le climat. Grâce à leur conception solide et à leur surveillance rigoureuse, le risque d’accidents et de déversements est beaucoup plus faible que pour les autres modes de transport. De plus, les pipelines assurent un transport continu et fiable, tout en réduisant les coûts logistiques de transport. Ils représentent donc la solution la plus avantageuse pour transporter des hydrocarbures sur de longues distances.

Compétitivité de l’industrie 

Le Canada est un grand producteur de pétrole et de gaz. Pour pouvoir rester compétitif, il a besoin de moyens efficaces et rentables pour transporter ces ressources naturelles vers les marchés d’exportation. En construisant de nouveaux pipelines vers la côte ouest et les provinces maritimes, le Canada pourrait accéder à des marchés importants en Asie et en Europe. Cela aiderait à créer des emplois, à générer de la richesse et à renforcer l’indépendance économique du pays grâce à de nouveaux partenariats commerciaux.

Partenariats avec les peuples autochtones

Les projets de pipelines offrent l’occasion de bâtir des partenariats solides avec les communautés autochtones, en leur offrant des avantages et des opportunités économiques. Ces partenariats leur permettent aussi de participer aux décisions concernant le développement et l’exploitation des pipelines, en veillant à ce que leurs droits et intérêts soient respectés. C’est une occasion de collaborer et de partager ouvertement et respectueusement le territoire.

Pour en savoir plus

 

Coup d’œil international 

En février 2026, un conflit armé éclate entre les États-Unis et l’Iran. L’Iran riposte en bloquant le détroit d’Ormuz, par où transite environ 20 % du pétrole brut mondial. Ce blocage réduit l’offre de pétrole sur le marché mondial, ce qui fait rapidement grimper les prix

Les pays très dépendants des importations, comme la Chine, l’Inde et certains pays d’Europe, font face à des pénuries et risquent de lourdes conséquences économiques. 

Le Canada, quant à lui, exporte plus de pétrole qu’il n’en consomme et ses réseaux de pipelines lui permettent de produire et transporter son pétrole à l’intérieur du pays sans dépendre des importations par transport maritimes international.

Si les Canadiennes et Canadiens ne risquent pas de manquer de pétrole de sitôt, ils subissent quand même la flambée des prix, car ceux-ci sont fixés selon le marché mondial.