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Étude de cas : Faut-il renommer les espaces publics à l’héritage controversé?

Énoncé de discussion

Le gouvernement devrait renommer les espaces publics qui commémorent des personnages historiques controversés.

Cet exercice a été mis à jour le 19/03/2026.

Contexte

L’histoire du Canada est indissociable du colonialisme. Cela est largement dû au traitement réservé aux peuples autochtones, qui habitaient le territoire bien avant l’arrivée des premiers colons européens.

Comme ailleurs dans le monde, le Canada a voulu commémorer des personnages qui ont marqué l’histoire du pays en édifiant des statues en leur honneur, ou en donnant leur nom à des rues ou des édifices. Cependant, plusieurs de ces personnages historiques ont joué un rôle actif dans le projet de colonisation et laissent un héritage controversé. 

Par exemple, de nombreuses voix se sont élevées pour demander à ce que les espaces publics portant le nom de Sir A. MacDonald soient renommés. À Montréal, une statue de MacDonald avait été déboulonnée lors d’une manifestation et la ville avait pris la décision de ne pas la réinstaller. MacDonald, le tout premier premier ministre du Canada, a contribué à la mise en place du système des pensionnats autochtones, dans lequel les enfants étaient arrachés à leurs familles pour être assimilés à la culture canadienne, bien souvent en subissant des abus et des traitements violents. 

Plusieurs villes à travers le pays sont confrontées à des décisions de ce type. Faut-il conserver les hommages rendus à des personnages historiques, même s’ils sont aujourd’hui considérés comme racistes? Ou faut-il renommer ces espaces publics au nom de la réconciliation avec les peuples autochtones?

Les personnes qui souhaitent renommer ces espaces estiment qu’il faut reconnaître le tort causé par ces figures historiques. Retirer leurs noms de l’espace public est considéré comme un pas vers la réconciliation avec les peuples autochtones et la guérison. Les personnes qui s’y opposent croient plutôt qu’effacer ces noms de l’espace public revient à effacer une partie de l’histoire du Canada et les contributions de ces personnages. Selon elles, il est important de comprendre en quoi le contexte dans lequel ces personnages ont vécu est différent de celui d’aujourd’hui.

Pour en savoir plus

 

Le savais-tu?

Depuis plus de 100 ans, Parcs Canada travaille avec la Commission des lieux et monuments historiques du Canada pour identifier et célébrer les moments marquants de l’histoire du pays. Plus de 2 270 personnages, lieux et événements ont reçu une désignation historique nationale pour leur rôle dans la construction du Canada. En 2019, le cadre pour l’histoire et la commémoration de Parcs Canada a établi une démarche rigoureuse pour réexaminer en profondeur les désignations historiques nationales existantes et les textes de plaque commémorative. 

Tu peux consulter le site de Parcs Canada pour savoir si une désignation près de chez toi a récemment fait l’objet d’une révision.

En accord

Voici quelques-unes des raisons pour lesquelles certaines personnes pourraient être d’avis qu’il faudrait renommer les espaces publics qui commémorent des personnages historiques controversés

Reconnaître les torts causés

Donner à des lieux publics le nom de personnes associées au colonialisme, à l’impérialisme et au racisme peut être considéré comme une façon de glorifier leurs actions et de légitimer leur héritage. Renommer ces lieux peut être perçu comme une façon de reconnaître les torts causés.

Refléter l’évolution des valeurs de la société

Pour certains, les noms qui ornent nos espaces publics sont des reflets puissants des valeurs que nous choisissons de célébrer. Supprimer les noms de personnages historiques coloniaux controversés de l’espace public peut être un moyen de rejeter les normes du passé et de mettre de l’avant l’évolution des valeurs de la société, telles que l’équité et la justice sociale.

Favoriser la réconciliation avec les peuples autochtones

Retirer des espaces publics les noms de ceux qui ont systématiquement opprimé les peuples autochtones au cours de l’histoire peut être considéré comme un geste de réconciliation et une étape vers l’établissement de meilleures relations avec les peuples autochtones. Ce changement contribue à reconnaître les traumatismes historiques et à valoriser les droits, la culture et la souveraineté des communautés autochtones. 

Soutenir la culture autochtone 

Renommer des lieux publics en utilisant des noms autochtones est une manière tangible de célébrer l’héritage culturel des Premières Nations, Inuit et Métis. Cela permet de déconstruire les symboles du colonialisme omniprésents dans la vie quotidienne et d’intégrer davantage la richesse des cultures autochtones dans le paysage urbain. En 2022 par exemple, l’Assemblée législative de l’Île-du-Prince-Édouard a voté à l’unanimité pour renommer le pont de la Confédération « traversée Epekwitk », terme mi’kmaq signifiant « ce qui se couche sur l’eau ». D’ailleurs, « Epekwitk » est le nom donné au territoire par les communautés mi’kmaq de la région.

Encourager la discussion et l’engagement civique 

Renommer des espaces publics peut encourager le discours public et susciter des discussions sur l’héritage du colonialisme. Cela incite la société à s’interroger sur son passé, à écouter les voix marginalisées et à exiger des actions politiques concrètes. Cette dynamique favorise une citoyenneté active, consciente et engagée dans la construction d’une société plus juste et inclusive.

Pour en savoir plus

 

Le savais-tu?

Le pont de la Confédération est régi par le gouvernement fédéral, c’est donc à lui que revient la décision de le renommer ou non. La demande faite par les députés de l’Île-du-Prince-Édouard en 2022 n’avait pas encore été tranchée par Ottawa en 2024. 

En désaccord

Voici quelques-unes des raisons pour lesquelles certaines personnes pourraient être d’avis qu’il ne faudrait pas renommer les espaces publics qui commémorent des personnages historiques controversés.

Effacer l’histoire du Canada

Pour certains, retirer le nom de personnages ayant marqué l’histoire du Canada revient à effacer un lien important avec le passé. Ils estiment que l’histoire, qu’elle soit positive ou négative, doit être préservée et remémorée, afin de nous rappeler les erreurs du passé et d’éviter de les reproduire. 

Ignorer des contributions historiques

Évaluer les personnages historiques à travers le prisme des valeurs modernes est injuste et amoindrit leurs accomplissements et leurs contributions à la société. Certaines personnes, il est important de replacer leurs actions dans le contexte historique et les valeurs de l’époque. Par exemple, Egerton Ryerson, dont le nom à été retiré d’une université de Toronto en 2022 (aujourd’hui, l’Université métropolitaine de Toronto), a largement contribué au développement de l’éducation. Pour certains, lui retirer son nom en raison de son rôle dans la création des pensionnats autochtones revient à déformer l’histoire.

Des dépenses considérables

Renommer des espaces publics peut engendrer des coûts considérables, notamment pour modifier la signalisation, les cartes et divers documents officiels. En 2021, le conseil municipal de Toronto a voté en faveur du changement de nom de la rue Dundas. D’abord estimés à 6,3 millions de dollars, les coûts ont été réévalués à 12,7 millions en 2023. En mars 2026, le nouveau nom complet de la rue était encore en phase de finalisation, tandis que la Place Yonge-Dundas avait été rebaptisée Sankofa Square en août 2025. 

Des divisions sociétales 

Changer le nom d’un espace public peut susciter des débats passionnés et diviser l’opinion publique, parfois au détriment de questions plus urgentes. L’absence de consensus sur les nouveaux noms à adopter peut également entraîner de nouvelles tensions au sein de la société.

Une pente glissante

Certains craignent que ce processus ne soit sans fin. Comment fixer la limite entre ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas? Renommer les espaces publics pourrait conduire à un cycle perpétuel, à mesure que les valeurs et les normes sociétales évoluent.

Pour en savoir plus

 

Le savais-tu?

La France a commencé à réfléchir sur son passé lié à la traite et à l’esclavage il a près de 20 ans. Depuis 2006, elle commémore à tous les 10 mai la Journée des mémoires de la traite, de l’esclavage et leur abolition, un hommage important pour ne jamais oublier cette page de l’histoire. Malgré cette commémoration, le pays considère que préserver les noms historiques fait partie du devoir de mémoire, afin de ne pas effacer le passé, mais plutôt de s’en souvenir pour mieux le comprendre.