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Étude de cas : La fluoration de l’eau devrait-elle être obligatoire dans toutes les villes canadiennes?

Énoncé de discussion

La fluoration de l’eau devrait être obligatoire dans toutes les villes canadiennes.

Cet exercice a été mis à jour le 15/07/2025.

Contexte 

Le 10 février 2025, une association de citoyennes et citoyens prend la parole au conseil municipal de Saint-Georges-de-Beauce, au Québec. Depuis plusieurs années, le groupe Saint-Georges sans fluor réclame l’arrêt de la fluoration de l’eau de la ville, qui est dorénavant l’ultime municipalité québécoise où l’eau est encore fluorée. Pourtant, de l’autre côté du pays, la ville de Calgary est sur le point de réintroduire le fluor dans son eau potable, alors qu’elle avait cessé la pratique en 2011. 

La fluoration de l’eau consiste à ajuster la quantité de fluorure, minéral déjà présent dans l’eau, afin de prévenir la carie dentaire. Au début des années 1900, les dentistes remarquent que leurs patients qui vivent dans des régions où l’eau contient naturellement un haut taux de fluorure avaient moins de caries dentaires et qu’elles étaient moins sévères. 

Au Canada, l’ajustement de la concentration de fluorure dans l’eau est une pratique qui date de 1945. La concentration de fluorure dans l’eau fait l’objet d’une surveillance rigoureuse et est ajustée dans les usines de traitement d’eau potable. Des composés de fluorure sont ajoutés à l’eau une fois qu’elle est traitée afin d’atteindre le taux de fluorure cible de 0,7 ppm (partie par million), soit le niveau optimal de fluoration de l’eau sans risque pour la santé, selon les experts. 

En 2022, plus de 73 % de la population de l’Ontario avait accès à de l’eau fluorée, alors qu’au Québec, en Colombie-Britannique et au Nouveau-Brunswick, il s’agissait de moins de 2 %. Si les écarts d’une province à l’autre sont aussi majeurs, c’est que depuis 70 ans, la fluoration de l’eau soulève son lot de controverses et polarise l’opinion publique. Des informations non fondées, erronées ou sorties de leur contexte ont été partagées au sujet de la fluoration de l’eau, alimentant ainsi la méfiance du public, malgré le large consensus scientifique quant à l’efficacité de la mesure contre la carie dentaire.

D’un côté, certaines personnes la soutiennent, car elle est une mesure de santé publique efficace, équitable et économique. D’un autre côté, d’autres s’y opposent, car elle pourrait avoir des effets indésirables sur la santé et sur l’environnement et qu’ils estiment qu’elle brime la liberté individuelle.

Alors que le Canada vient d’implanter le Régime canadien de soin dentaire, dont le coût annuel est de 4,4 milliards de dollars, il est à se demander si le gouvernement canadien ne devrait pas encourager la fluoration de l’eau dans toutes les villes canadiennes. 

Pour en savoir plus 

 

Le savais-tu?

La popularité de cette pratique varie grandement d’une région à l’autre. Dans certaines provinces, la fluoration est de plus en plus délaissée, alors que dans d’autres, elle regagne en popularité. C’est en Ontario que la couverture est la plus importante, avec 73,2 % de la population bénéficiant d’une eau fluorée.

Informe-toi sur l’état de la fluoration de l’eau dans ta province ou ton territoire en consultant le site du gouvernement du Canada.

 

Coup d’œil international 

En mai 2025, entrait en vigueur une loi américaine interdisant le fluor dans l’eau potable publique en Utah. Les raisons avancées par les personnes supportant l’interdiction étaient, entre autres, le coût de la mesure et la liberté individuelle. Les dentistes et divers organismes nationaux de santé s’inquiètent des problèmes médicaux qui seront reliés à l’arrêt de la fluoration et estiment que les communautés à faibles revenus seront durement touchées. L’Ohio, la Caroline du Sud et la Floride entendent bientôt suivre l’exemple de l’Utah. 

 

Budget canadien

La fluoration de l’eau est un enjeu qui a des répercussions directes sur les finances publiques du Canada. Choisir d’implanter ou non cette mesure préventive a des conséquences financières sur les différents niveaux de gouvernement.

Une partie des frais dentaires des Canadiennes et des Canadiens peut être prise en charge par le gouvernement fédéral, notamment par l’intermédiaire du Régime canadien de soins dentaires, et, dans certains cas, par les gouvernements provinciaux et territoriaux. Si la population développe davantage de problèmes dentaires, ces paliers devront assumer des coûts plus élevés pour couvrir les soins nécessaires. D’une manière générale, la majorité des frais demeure à la charge des individus eux-mêmes ou de leurs régimes d’assurances personnelles ou collectives.

Par ailleurs, comme le traitement des eaux relève des compétences municipales, ce sont les municipalités optant pour la fluoration qui doivent assumer les coûts reliés à l’équipement spécialisé, l’entretien et la surveillance des installations. 

En accord 

Voici quelques-unes des raisons pour lesquelles certaines personnes pourraient être d’avis que la fluoration de l’eau devrait être obligatoire dans toutes les villes canadiennes.

Une mesure efficace

En neutralisant l’action des bactéries responsables de la carie dentaire et en se liant avec l’émail des dents, les fluorures restaurent les minéraux des dents et réduisent la quantité d’acide dans la bouche, ce qui rend les dents plus résistantes. Conséquemment, ils sont un moyen de prévention efficace contre la carie dentaire et permettent de la réduire de 20 à 40 % dans la population. Selon un article (en anglais) publié dans la revue scientifique Nature, bien que l’utilisation d’un dentifrice au fluorure soit une autre mesure préventive contre la carie, ses résultats ne seraient pas aussi fructueux que ceux de la fluoration de l’eau. D’ailleurs, une étude (en anglais) publiée en 2021 a démontré que lorsque la fluoration cesse, comme ce fût le cas à Calgary en 2011, le taux de carie dentaire chez les enfants augmente considérablement. 

Une mesure équitable

Certaines personnes, comme les enfants, les personnes âgées ou les personnes à faible revenu, sont plus à risque de développer des caries, notamment en raison de l’absence d’habitudes alimentaires ou d’hygiène buccodentaire préventives. Les soins dentaires étant coûteux, en particulier ceux qui sont reliés à la carie, les personnes à faible revenu sont plus susceptibles d’avoir des caries non traitées que les personnes plus aisées. Toutefois, dans les régions où l’eau est fluorée, on observe une amélioration significative de la santé buccodentaire, particulièrement chez ces groupes plus vulnérables. La fluoration de l’eau profite à toute la collectivité, mais elle est surtout bénéfique pour celles et ceux qui n’ont pas les moyens d’accéder régulièrement à des soins dentaires. En réduisant les inégalités en matière de santé dentaire, la fluoration de l’eau est une mesure de santé publique efficace et essentielle. 

Une mesure sans danger

La fluoration de l’eau potable est une pratique dont les bienfaits ont largement été démontrés et documentés par la science depuis plus de 65 ans. À la concentration recommandée, aucune donnée scientifique crédible n’a établi de lien entre la fluoration de l’eau et un quelconque problème de santé. Au contraire, cette mesure a permis d’importants progrès en matière de santé buccodentaire et est considérée comme sans danger par de nombreuses instances de santé publique à l’échelle internationale. Les effets négatifs évoqués par les opposants à la pratique ne reposent sur aucune preuve scientifique applicable au contexte canadien et s’appuient généralement sur des études menées dans des régions où les concentrations de fluorure dépassent largement les normes en vigueur au Canada.

Une mesure économique

En plus d’être économique pour chaque individu, la fluoration est avantageuse pour l’ensemble de la société. En réduisant les caries dentaires, elle permet de diminuer les dépenses liées aux soins dentaires, ce qui allège le fardeau du régime public de santé ainsi que les coûts assumés par les assurances privées. À plus grande échelle, elle augmente la productivité, réduit le taux d’absentéisme lié aux douleurs ou aux traitements dentaires et améliore la qualité de vie en général. Selon le Ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, la fluoration est la méthode la plus économique et la plus efficace permettant de réduire les maladies dentaires. Certains estiment même que le coût moyen de la fluoration sur une vie est inférieur au coût d’une seule obturation dentaire. Autrement dit, pour un coût minime, cette mesure de santé publique permet des économies considérables à long terme au niveau des traitements dentaires, tant pour les individus eux-mêmes que pour la société. 

Pour en savoir plus

 

Le savais-tu?

La fluoration de l’eau potable reçoit un large appui scientifique d’organismes nationaux et internationaux, dont l’Ordre des dentistes du Québec, Santé Canada, la Fédération dentaire internationale et l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

 

En désaccord 

Voici quelques-unes des raisons pour lesquelles certaines personnes pourraient être d’avis que la fluoration de l’eau ne devrait pas être obligatoire dans toutes les villes canadiennes.

Des risques potentiels pour la santé

Si la concentration de fluor dans l’eau n’est pas bien contrôlée, elle peut avoir des risques sur la santé des personnes qui la consomment. Une ingestion excessive de fluorure, notamment pendant la petite enfance, est associée à la fluorose dentaire, une condition qui altère l’apparence des dents en y laissant de petites taches blanches permanentes. Bien que la fluorose ne compromette généralement pas la santé dentaire, elle peut causer un inconfort esthétique. Par ailleurs, une étude américaine (en anglais) qui a analysé les résultats d’autres études menées sur le sujet a conclu, avec un degré de confiance modéré, qu’il existait un lien entre l’exposition élevée au fluorure et un quotient intellectuel plus faible chez les enfants. Bien que cet effet ait été observé dans des contextes où la concentration de fluorure dépassait 1,5 mg/L, ces résultats soulèvent des interrogations quant aux effets possibles sur le développement cognitif, même à plus faibles doses.

Des solutions de remplacement efficaces

Alors qu’il existe aujourd’hui plusieurs autres possibilités largement accessibles et efficaces pour prévenir la carie dentaire, les bénéfices de la fluoration de l’eau sont remis en question. Selon la Revue Cochrane, les effets de cette pratique seraient moindres, alors que la majorité de la population utilise déjà des produits d’hygiène dentaire enrichis en fluorure. Les dentifrices à teneur élevée en fluorure, par exemple, sont bien connus pour leur efficacité en termes de protection contre la carie, tout en offrant une protection contre plusieurs maladies bucco-dentaires, contrairement à la fluoration de l’eau qui cible uniquement la carie. De plus, les dentifrices fluorés permettent aux utilisateurs d’adapter la qualité de fluorure à leurs besoins, de sorte que les individus plus à risque peuvent opter pour des formules plus concentrées et obtenir une meilleure protection qu’offrirait l’eau fluorée, sans exposer inutilement l’ensemble de la population.

Un choix personnel

La fluoration de l’eau, c’est-à-dire l’ajout d’un produit chimique dans l’eau destinée à la consommation humaine, revient à administrer un traitement médical à l’ensemble de la population sans consentement individuel. En imposant une concentration uniforme de fluorure dans l’eau, cette mesure ne tient pas compte des besoins ou des préférences personnelles de chacun. Les individus devraient être libres de choisir, d’une manière éclairée, la quantité de fluorure qu’ils souhaitent ingérer. Aujourd’hui, il existe d’autres sources de fluorure largement accessibles, comme les dentifrices, les rince-bouche, le sel fluoré ou encore les compléments alimentaires, permettant à chacun de gérer son exposition de manière autonome et adaptée.

Un impact écologique

La fluoration de l’eau soulève des préoccupations d’ordre écologique. En imposant cette mesure à toute la population, on risque d’encourager certaines personnes à se tourner vers l’eau embouteillée, soit une solution de rechange polluante, coûteuse et socialement inéquitable. De plus, puisque seule une petite quantité d’eau fluorée est destinée à la consommation, une grande partie du fluorure ajouté est rejetée dans les eaux usées. Les stations d’épuration de l’eau n’étant pas conçues pour filtrer efficacement ce composé chimique, le fluorure résiduel peut se retrouver dans des cours d’eau. Cette dispersion pourrait perturber les écosystèmes aquatiques, bien que les impacts précis soient encore peu documentés. Par ailleurs, le fluorure étant déjà présent naturellement dans plusieurs sources d’eau, l’ajout systématique de fluorure est redondant et l’empreinte écologique reliée au transport du composé chimique pourrait être évitée.

Des défis financiers et techniques pour les municipalités

La fluoration de l’eau entraîne des défis financiers et techniques importants pour les municipalités. Ce n’est pas le coût composé chimique qui présente un défi, mais plutôt les ajustements nécessaires à la fluoration et l’entretien continu des usines de traitement de l’eau. L’ajout de fluorure exige des équipements spécialisés, une surveillance rigoureuse et des protocoles de sécurité stricts qui engendrent des coûts non négligeables, particulièrement pour les petites municipalités. De plus, le fluorure contenu dans l’eau peut accélérer la corrosion des conduites, contribuant ainsi à la dégradation précoce des infrastructures et augmentant les frais d’entretien à long terme. Dans ce contexte, les municipalités peuvent légitimement se questionner sur la pertinence de l’investissement, d’autant plus que les bénéfices de la pratique sont aujourd’hui remis en question. 

Pour en savoir plus

 

Coup d’œil international 

À travers le monde, les mesures pour éviter la carie dentaire varient. L’une d’entre elles consiste à ajouter du fluorure dans le sel destiné à la consommation. Les pays qui ont un système complexe d’approvisionnement en eau potable, comme la Jamaïque, peuvent se tourner vers cette méthode afin de faire profiter des avantages de la fluoration à leur population. Le sel fluoré peut alors être consommé sous forme de sel de table, dans les repas servis par les écoles ou les grandes cuisines et dans certaines sortes de pain. Les consommateurs ont alors le choix d’ingérer ou non des fluorures, et l’efficacité est à peu près la même que la fluoration de l’eau. La fluoration du sel est une pratique courante en Colombie, en Allemagne et en Suisse, entre autres.